• Hommage à un grand Homme : Pierre Desproges


    Si vous prenez votre programme télévisé, vous vous apercevrez que TF1 nous propose un divertissement fort intéressant : Les enfants de la télé, sur France 2 on aura droit à une petite série : "Le silence de l'épervier", France 3 évoquera les dangers qui pèsent sur la vie marine dans le très bon magazine Thalassa, Arte et M6 quant à eux proposerons respectivement un téléfilm et une série.

    Bon jusque là, rien de bien extraordinaire dans mon article ! Si vous vouliez le programme télé, vous direz-vous, il n'était pas nécessaire de passer par ici... Mais je viens au sujet de cet article.

    Vous avez forcément entendu parler de Grégory Lemarchal, TF1 ne s'est pas privé en effet d'exploiter le filon jusqu'au bout en rendant hommage après hommage. Chaque année, nous avons droit à une soirée en hommage à Claude François. Récemment nous avons eu droit à plusieurs hommages à Henri Salvador. Bref, les hommages, à la télé, ils savent faire !

    Et pourtant, aujourd'hui, le 18 avril 2008, cela fait 20 ans que Pierre Desproges nous a quitté. Un humoriste-chroniqueur hors pairs, incisif, complètement non-conformiste. Lui au moins n'avait pas sa langue dans sa poche et ne se gênait pas du "politiquement correct" si fréquent de nos jours. De "La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède" à ses réquisitoires dans le tribunal des flagrants délires, il abordait tous les thèmes, n'ayant pas peur de prendre à contre-pied les positions convenues.

    Qui ne connait pas sa célèbre réplique "On peut rire de tout mais pas avec tout le monde" ? Aujourd'hui on ne peut pas rire de tout, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire : on ne doit pas rire du handicap (cf. Timsit), on ne doit pas rire des religions (cf. Dieudonné)... Le problème, c'est qu'à partir du moment où l'on ne peut plus rire de tout, on ne peut plus rire de rien. Je ne suis pas sûre qu'on puisse me citer un seul humoriste actuel (et aussi connu que Desproges de son temps) qui puisse se targuer d'être aussi corrosif. Et pour cause, celui qui s'y amuserait aujourd'hui prendrait aussitôt le risque de ne plus être invité sur aucun plateau télévisé : la télé, ce haut-lieu du politiquement correct, de la bienséance et du conformisme.

    Je pense sincèrement qu'il faut accepter de rire de tout : de la politique, de la maladie, des religions, de la guerre, de la mort. Le rire, c'est une soupape. Rire de sujets aussi sérieux permet d'évacuer la peur qu'ils suscitent chez chacun d'entre nous ! Je plains ceux qui se vexent des propos d'humoristes. Ils doivent être bien malheureux, ils doivent "drôlement" souffrir.
    Accepter de rire de ses problèmes, de quelque ordre qu'ils soient, c'est, d'une certaine façon, les accepter. Quelque part, c'est une façon de ne pas les laisser nous ronger.

    Desproges riait même de son cancer : "Moi, j’ai pas de cancer, j’en n’aurai jamais, je suis contre." ou encore "S'il n'y avait pas la science, malheureux cloportes suintants d'ingratitude aveugle et d'ignorance crasse, s'il n'y avait pas la Science, combien d'entre nous pourraient profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ? "

    Aujourd'hui donc, 20 ans après la mort d'un des plus grands humoristes français, je me pose la question suivante : pourquoi aucune chaîne, et notamment aucune chaîne du service public, ne nous offre un hommage à ce grand homme ? Pourquoi ce silence ? Ne le mérite-t-il pas autant (davantage ?) qu'un Claude François, qu'un Grégory Lemarchal ?

    S'il avait encore été là de nos jours, notre quotidien serait peut être un peu moins lourd à porter... Qu'aurait-il sorti sur notre gouvernement notamment ? Sur les J.O. de Péquin ? Sur les querelles socialistes ?
    Sûrement quelque chose du genre : "A part la droite, il n'y a rien au monde que je méprise autant que la gauche."

    Pour le plaisir, voici quelques-unes de ses citations :
    • - Il faut rire de tout. C'est extrêmement important. C'est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans.
    • - L'intelligence, c'est comme les parachutes, quand on n'en a pas, on s'écrase.
    • - Dépourvue d'âme, la femme est dans l'incapacité de s'élever vers Dieu. En revanche, elle est en général pourvue d'un escabeau qui lui permet de s'élever vers le plafond pour faire les carreaux. C'est tout ce qu'on lui demande.
    • - La recherche a besoin d’argent dans deux domaines prioritaires : le cancer et les missiles antimissiles. Pour les missiles antimissiles, il y a les impôts. Pour le cancer, on fait la quête.
    • - Si on ne parlait que de ce qu'on a vu, est-ce que les curés parleraient de Dieu ? Est-ce que le pape parlerait du stérilet de ma belle-sœur ? Est-ce que Giscard parlerait des pauvres ? Est-ce que les communistes parleraient de liberté ? Est-ce que je parlerais des communistes ?
    • - C'est plus fort que moi : plus la situation est sombre, plus j'en ris. Juif aux années sombres, j'aurais sans doute contrepété aux portes des chambres à gaz, n'eussent été les menaces du fouet. (j'ai horreur qu'on me fouette quand je contrepète.)
    • - L'Ascension: Tout Jésus plongé dans la prière reçoit une poussée de bas en haut qui le renvoie chez son papa. C'est le théorème de l'ascenseur.
    • - Dieu : N'importe quel chrétien venant de recevoir l'Eucharistie vous le confirmera, Dieu fond dans la bouche, pas dans la main.
    • - La naïveté grotesque des enfants fait peine à voir, surtout si l'on veut bien la comparer à la maturité sereine qui caractérise les adultes. Par exemple, l'enfant croit au Père Noël. L'adulte non. L'adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote.
    • - Si tout le monde vous donne raison, c'est que vous êtes d'une intelligence remarquable … ou bien que vous êtes le patron.
    • - Dicton : Plus cancéreux que moi, tumeur!
    • - Il faut lire Minute, c'est un journal avantageux! Au lieu de vous emmerder à lire tout Sartre, avec un seul numéro de Minute, vous avez en même temps la Nausée et les Mains Sales!
    • - Archimède fut le premier à démontrer que, lorsqu'on plonge un corps dans une baignoire, le téléphone sonne.
    Et enfin, une petite vidéo d'un des célèbres sketchs de Pierre Desproges :






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  • Commentaires

    1
    Mardi 22 Avril 2008 à 12:29
    front de liberation
    ah!!! une instit qui aime Desproges... Tout à fait d'accord avec toi, et donc avec lui:" il faut rire de tout, on doit rire de tout". Petite rectification cependant: la suite de cette phrase: "mais peut-on rire avec n'importe qui?" est empruntée, par Desproges, à Louis Régo...pour preuve, il faut écouter le réquisitoire contre jean marie lepen. Voici une autre citation: "le rire, c'est la politesse du desepoir" Tu mets au défi de citer un humoriste actuel corrosif et décalé... le monde politique en regorge. Quant à savoir ce qu'il aurait dit à propos des J.O. je pense qu'il est possible de reprendre une de ses phrases: "je suis le contraire d'un artiste engagé, je suis un artiste dégagé; je n'ai pas cette argne mordante des artistes engagés qui osent critiquer Pinochet à moins de 10.000 kilomètres de Santiago". Sur le collier du chien que tu laisses au mois d'aout Sur le collier du chien que tu laisses au mois d'aout sur la vulgarité de tes concours de pets sur l’étendard Nazi et sur le drapeau rouge sur mla rosette au coin du vieillard officiel sur les blousons kakis, sur les képis dorés sur le cul des féministes sur le mandrin des misogynes sur le béret obtus des chauvins aveuglés sur la croix des cathos, le croa des athées sur tous les bulletins et sur toutes les urnes où les crétins votants vont se faire entuber sur l’espoir en la gauche sur la gourmette en or de mon coiffeur de droite sur l’asphalte encombré de cerceuils à roulettes sur les flancs blancs d’acier des bombes à neutrons que tu t’offres à prix d’or sur tes impôts forcés sur la sébile humiliante et dérisoire qu’il faut tendre pourtant à tous les carrefours pour aider à freiner l’ardeur des metastases sur le mur de la honte et sur les barbelés sur les fronts dégarnis des commemorateurs pleurant au cimetière qu’ils ont eux mêmes empli sur le petit ecran qui bave encore plus blanc sur l’encephalogramme eternellement plat des musclés , des miss france et des publicitaires sur l’étendard vainqueur de la médiocrité qui flotte sur les ondes hélas abandonnéées aux moins méritants desh&andicapés mentaux sur la Bible et sur Mein Kampf sur le Coran intégriste sur le missel des Marxistes sur les choux fleurs en trop balancés aux ordures quand les enfants d’Afrique écartelés de faim savent que tu t’empiffres à mourir éclaté sur le nuage sur la lune sur le soleil atomique sur les cahiers d’écolier des enfants irradiés j’écris ton nom : HOMME
    2
    fort comme un oeuf
    Vendredi 23 Mars 2012 à 11:58
    fort comme un oeuf
    pierre desproges. 20 ans déjà. Cet homme présenté par tous comme un humoriste était pour moi avant tout un grand écrivain qui fisait passer ses idées par d'autres support que le papier(radio, télé...) même si il en publié quelques uns. Un de cela "vivons heureux en attendant la mort" a changé ma vie. Il m'a redonné le gout de la lecture. Depuis certains de ses mots sont toujours présents pour soigner les maux de ma vie. Quand à savoir si la présence d'un desproges, d'un coluche changerait quelque chose au débats qui font l'actualité (JO, darfour...)on ne le saura jamais alors cela ne sert à rien de se poser la question. VIVONS HEUREUX EN ATTENDANT LA MORT car n'oubliait pas que la vie n'est qu'un jeu, un jeu dangereux la preuve tout le monde en meurt.
    3
    greg
    Vendredi 23 Mars 2012 à 11:58
    greg

    Cet "article" est très bien fait. C'est en effet dommage d'être privé d'un artiste tel que lui. Le seul actuellement arrivant à faire de l'humour en france est bien dieudonné... malheureusement archi censuré.

    Félicitation pour ce message

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