• Quand les enfants pleurent...

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    Quoi de plus désarmant qu'un enfant qui se met à pleurer en classe quand on commence à enseigner... On se dit de suite qu'on est un monstre et tous les clichés du prof auquel on ne voulait surtout pas ressembler ressortent !

     

    Et puis quand même, petit à petit, on arrive à reconnaître le type de larmes !

     

    • Les larmes des petits futés : vous savez à la récréation, quand un enfant vient vous voir parce qu'un copain lui a fait mal, l'a poussé, lui a piqué son ballon ou sa trotinette, là, pour entendre l'accusé, vous l'appelez ! (D'ailleurs, vous remarquerez que l'accusé en question est caché dans un coin de la cour) Quand, vous le trouvez enfin, il se met à fondre en larmes : "C'est luiii qu'a commencé et pis d'abord il voulait pas me donner le balloooon"... Bien tenté, mais on ne me la fait pas ! Je fais les gros yeux au petit énervé qui pensait me la faire à l'envers et je l'envoie s'asseoir 5 minutes ! Non mais !
    • Les larmes de défense : Mise en contexte : vous êtes en classe, en train de vérifier que les enfants ont bien appris leur leçon, ou alors vous êtes en train d'expliquer la multiplication. Là, le regard aguerri de l'enseignant en repère toujours un qui se fait tout petit petit et qui, s'il le pouvait, se cacherait sous son bureau : Deux possibilités, soit il ne connaît pas sa leçon, soit il ne comprend rien de rien à ce qu'on est en train de lui raconter sur la multiplication !
      Alors, en bon prof, on pose des questions à l'enfant, pour le guider vers la réponse attendue ou on reprend son explication sur la multiplication... La pression psychologique est trop forte pour l'enfant, il a l'impression  d'être le seul à n'avoir rien compris (alors que d'autres devaient certainement se la jouer "Je vais faire oui de la tête, ça va lui faire plaisir à la maîtresse !').
      Imaginez un peu le truc, d'un côté la maîtresse qui posent des questions, de plus en plus simples en se disant qu'à force elle finira bien par avoir une réponse ("Mais enfin J., 2+1 ça fait combien ?! En CE1 on le sait ça !"), de l'autre, l'enfant qui n'entend même plus les questions parce qu'il pense déjà à l'étape où la maîtresse va finir par s'énerver, aux copains qui le regardent (limite amusés les sadiques ^^).. On est au bord de la crise, et là, tout à coup, le miracle se produit, les larmes coulent à flot !
      Il faut dire que c'est assez magique, souvent ça coupe net le questionnaire ou l'explication de la maîtresse prise de remords, qui préfère alors passer à autre chose !
    • Les larmes de désespoir : Elles sont souvent surprenantes ! On est avec un groupe, en train de travailler tranquillement, et puis quand même, on jette un petit coup d'oeil de temps en temps pour surveiller ceux qui sont en autonomie. Et là, on s'aperçoit qu'un petit dos est pris de secousses ! On s'approche intrigué... Et là... Un visage noyé de larmes se tourne vers nous ! Là, on sent que l'enfant est désespéré, et que c'est forcément très grave, alors on discute pour savoir d'où vient ce chagrin ! Les réponses sont aussi variées que déconcertantes. Souvent, l'enfant est complètement bloqué sur un exercice, il a peur de se faire gronder au retour de la maîtresse alors il pleure, d'une part pour qu'on vienne le sortir de cet exercice vraiment troooop difficile et d'autre part pour qu'on le fasse sans le gronder !!
      Quelques fois en revanche, la réponse nous laisse pantois : "J'arrive pas à tailler mon crayooooooon...", "Je trouve pas ma rèèèègleuuuh", ou encore "Mon hamster Hamtaro est mooooort" !
    • Les larmes de colère : Certains enfants ont un caractère bien trempé ! Si on a le malheur de les contrarier ou de leur dire quelque chose qui les vexe, ils peuvent piquer de vraies colères, avec bien sûr, les larmes qui vont avec. Exemple, un grande section qui veut écrire le nom de son beau-père, qui s'appelle Bernard. Il commence à épeler le prénom mais oublie le R. On rigole gentiment en lui faisant remarquer que comme ça, on va dire Benard... Sacrilège ! Le petit être si mignon 30 secondes auparavant entre dans une colère monstre, hurlant que "Non y'a pas de R dans Bernard, d'abord je le sais il me l'a dit !" ! Il jette son crayon par terre, tape du pied et se tourne, complètement vexé et en larmes ! Pour le coup, je n'ai pu avoir aucune réaction tellement j'étais sur le c** ! Et après coup, j'en ai encore bien rigolé avec les collègues à midi !

     

    Pour les larmes de défense et les larmes de désespoir, j'avoue que j'avais tendance à m'agacer. Certains enfants en usaient et en abusaient.. Alors je finissais par les rabrouer en disant que c'était un peu facile de se mettre à pleurer ! Pas de quoi en être fière c'est vrai. Et puis, en en parlant avec ma mère (aaah les mamans !), j'ai pris conscience que ces larmes, même si elles étaient effectivement devenues des réflexes pour certains, étaient une réponse à un mal être de l'enfant. La bonne question à se poser était donc : Pourquoi pleure-t-il ?

     

    J'ai d'abord voulu essayer de rester très douce quand j'interrogeais les enfants ayant les larmes de défense faciles. Et... ça n'a rien changé ! Tout simplement parce que pour eux, c'était devenu automatique, ils ne savaient même plus dire pourquoi ils pleuraient. C'est en prenant le temps de discuter à part avec eux que ça s'est arrangé. Je les ai amenés à prendre conscience que lorsqu'ils se mettaient à pleurer, ils étaient mal, ils n'arrivaient plus à réfléchir, et de mon côté, je finissais par perdre patience et par les bloquer encore plus. C'est là que j'ai ressorti ce que j'avais lu dans mon livre sur le yoga pour les enfants : la respiration. Alors maintenant, le contrat, c'est que dès qu'ils sentent les larmes monter, ils s'arrêtent, ferment les yeux et respirent lentement et profondément, avec des expirs plus longs que les inspirs..

    Et bien, croyez-le ou non, mais ça a été radical ! Sur le moment, une fois qu'ils avaient bien respiré, ils étaient à nouveau capables de réfléchir et de répondre correctement et petit à petit, les larmes de défense ont même disparu !

     

    Ca a été la même chose pour les larmes de désespoir : ils avaient besoin d'apprendre à relativiser et à RES-PI-RER !

     

    Les larmes des enfants n'ont pas leur place à l'école, et même s'ils savent très bien en jouer, on doit toujours chercher à les désamorcer et faire notre possible pour qu'elles ne reviennent plus ! Mais.. pas de pitié pour les larmes des petits futés et les crises de colère par contre ^^

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 8 Juin 2011 à 00:40
    Jacinte

    beaucoup de larmes l'an dernier à la rentrée en ps (j'y consacre aussi un chapitre ;)

    2
    Many
    Vendredi 23 Mars 2012 à 11:58
    Many
    J'ai toujours autant de plaisir en lisant tes péripéties, un petit moment de la vie devient toujours une histoire formidable quand tu le racontes :) Ton analyse sur les larmes m'a vraiment enchantée ça m'a rappelé quelques mômes de mon entourage ;) Heureuse que tu ais repris la plume, quand on a un don comme celui-là il ne faut pas le lâcher :) Juste un petit bémol... le rose, ben il est un peu trop........ Rose ! ;)
    3
    Marie
    Vendredi 23 Mars 2012 à 11:58
    Marie

    J'aime beaucoup votre site mais un petit bémol ici concernant les larmes que vous appelez "de colère".

    Les larmes sont accompagnées par une crise de colère mais l'enfant est en réalité en grande souffrance à ce moment précis. La plus jeune de mes enfants, en CP, m'a fait ce genre de crises en début d'année. La psychologue scolaire que j'ai contacté m'a dit de ne pas considérer ces crises comme de la colère ou des caprices mais bien comme de la souffrance et de l'angoisse. Faites attention à ce genre de petits, ils sont bien plus fragiles qu'ils n'en ont l'air, car tout le monde pense qu'ils ont le caractère bien trempé. Mais ils souffrent, vraiment.. (et malheureusement )

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